L'hygiène à la Renaissance
La Renaissance marque un tournant majeur dans l’histoire de l’humanité. Si cette époque est synonyme de progrès remarquables en médecine, en arts et en sciences, elle constitue paradoxalement une phase de régression en matière d’hygiène.
Vers une régression de la propreté
Après les ravages de la peste noire en Europe, l’eau devient suspecte. Elle est perçue comme un élément dangereux, capable de propager les maladies et de pénétrer l’organisme pour le contaminer.
Les médecins de l’époque estiment que la chaleur de l’eau dilate les pores de la peau, facilitant ainsi l’entrée des microbes dans le corps. L’eau chaude est alors considérée comme néfaste pour la santé.
À cela s’ajoute la condamnation morale du Clergé envers les bains publics, héritiers des thermes romains. Ces lieux sont associés à la décadence, à la prostitution et aux maladies vénériennes. Peu à peu, le bain devient suspect, voire immoral.
La toilette sèche et l’essor du parfum
Face à cette méfiance, les pratiques évoluent vers une toilette sèche et parfumée.
- Le visage est abondamment poudré : le blanc symbolise pureté et propreté.
- Les vêtements, en revanche, sont lavés avec soin et doivent être éclatants.
- L’apparence vestimentaire devient le reflet d’un statut social élevé.
La Renaissance, qui s’étend approximativement de la fin du XVe siècle jusqu’au début du XVIIe siècle, voit les populations privilégier des méthodes alternatives :
on s’essuie le corps avec des linges imbibés d’alcool ou de vinaigre, on soigne les cheveux, on entretient les ongles, mais on évite le bain.
Les perruques deviennent à la mode. Seules les élites s’autorisent parfois un bain cérémonial, entourées de domestiques.
L’obsession des fragrances
Femmes et hommes abusent des parfums pour masquer les odeurs corporelles. Les senteurs sont puissantes, parfois presque étouffantes.
On invente alors les pommes de senteur, petits objets métalliques ajourés contenant du musc, de l’ambre ou d’autres substances odorantes. Certaines dames de la cour portent également des sachets parfumés à la lavande, à la rose ou à la violette, directement sur elles.
Le bain devient l’exception dans une société marquée par les traumatismes des épidémies : peste, syphilis, lèpre ou typhus. L’eau chaude est perçue comme vectrice de tous les fléaux et progressivement bannie du quotidien.
Le retour progressif de l’eau et du savon
Il faudra attendre le XVIIIᵉ siècle pour voir l’eau et le savon revenir progressivement dans les habitudes. Le bain réapparaît, mais il reste hebdomadaire et non quotidien.
La Renaissance demeure ainsi une période paradoxale : brillante sur le plan culturel et intellectuel, mais marquée par une profonde défiance envers l’hygiène corporelle.









